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Essai d’analyse globale du thème de Freud vs Erickson

Patrick Legwen-Phal

L’Astrologie conditionaliste est dotée d’outils d’interprétation (modèle d’interprétation globale du ’Héros et son ombre’ exploitant le R.E.T., les zodiaques signal et réponse, le S.O.R.I.) qui permettent, dans un travail d’interprétation globale, de tenir ensemble une double dynamique d’analyse et de synthèse des différents signifiants d’un thème astral. J’ai choisi d’illustrer comment le modèle R.E.T. peut permettre de faire ressortir les lignes de forces planétaires (familles R.E.T.), les rapports de puissance fort/faible entre dominantes planétaires et non dominantes pour en tirer une interprétation synthétique argumentée. Cet essai a surtout été écrit dans l’intention de fournir aux élèves de deuxième cycle inscrits à mes cours un exemple possible d’utilisation du R.E.T. dans une analyse cohérente et structurée. Les non-initiés auront probablement du mal à comprendre cette analyse mais j’ose espérer, à tout le moins, qu’elle suscitera une réelle curiosité et, peut-être, un désir d’apprendre les fondamentaux de l’Astrologie conditionaliste.

Dans cet essai d’analyse, je me suis intéressé au thème de Sigmund Freud et à celui de Milton Erickson. Les méthodes de soin de ces deux pionniers du XXe siècle n’ont rien de commun tant elles diffèrent dans leurs manières d’appréhender l’inconscient. Ayant beaucoup lu Freud dans mon adolescence, puis plus tard Jacques Lacan et Françoise Dolto, la théorie psychanalytique m’a souvent fasciné, bien que me laissant très réservé sur ses résultats et son efficacité, exception faite pour la pratique de Françoise Dolto plus près me semble-t-il de la psychothérapie que de la psychanalyse pure. L’hypnose Ericksonienne que j’ai découvert sur le tard et que j’ai pratiquée, bien que me laissant sur ma faim quant à ses contenus théoriques, m’a en revanche convaincu de son efficacité dans le soin. De là, ma curiosité pour aller faire un tour du côté du ciel de ces deux maîtres, espérant trouver dans leurs thèmes respectifs une détermination astrologique pouvant expliquer une telle différence d’approche.

Je renvoie les lecteurs souhaitant approfondir cette approche à la riche bibliographie conditionaliste et éventuellement aux cours à distance d’Astrologie conditionaliste que je dispense sur le site www.cours-astrologie.net

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Matrice R.E.T. de Freud
En rouge, les planètes dominantes En gris, la planète dite "aveugle", dernière de la hiérarchie des puissances planétaires. La quarte "cercle du discours" (Soleil, Mercure, Pluton, Uranus) est très valorisée ainsi que la famille ’R extensif’. La quinte Hyper-E ("croix de l’existence") est non valorisée alors que la quarte « discours » est dominante. Et pour illustrer la signification du « cercle du discours » non-E, cette citation de Jacques Lacan me paraît éloquente : « L’expérience du psychanalyste n’est pas une expérience de fait, mais celle de l’expérimentation mentale »

Chaussons nos macro-lunettes R.E.T et observons la structure d’ensemble du thème de Freud.

Premier constat : la quarte R.E.T. non-E (Soleil, Mercure, Uranus, Pluton) dite "cercle du discours" se dégage nettement par les dominantes formant un amas au DS. Ce groupe ne reçoit pas de dissonances. Le ’cercle du discours’ excluant les planètes de niveau E sensibilisant au concret, aux faits et leurs logiques, à l’action, à l’éprouvé est en rapport avec l’idéation, l’abstraction, la cérébralité. Le Non-E du ’cercle du discours’ dénote généralement un manque d’intérêt ou aveuglement pour le concret, le monde sensible.

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Le "Cercle du Discours"
Cette quarte non-E est la complémentaire de la quinte ’Croix de l’existence’. Cette quarte ’discours’ est en rapport avec l’idéation, l’abstraction, la cérébralité. Non-E : manque d’intérêt ou aveuglement pour le concret, le monde sensible.

Deuxième constat : la quinte hyper-E ou ’croix de l’existence’ (Jupiter-Mars-Saturne-Neptune-Vénus) pratiquement au complet (manque Vénus qui se range du côté des co-dominantes) est très dissonée et se range du côté des non-dominantes, pôle faible du thème. Ce groupe non-dominant est relié au groupe dominant par un ensemble d’aspects harmoniques (1 trigone et 4 sextiles)

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La "Croix de l’Existence"
Cette quinte hyper-E regroupe les familles planétaires ’E’ et ’e’ qui ont comme centre commun Mars.

De cette structure d’ensemble où apparaissent 2 pôles bien distincts, on peut s’interroger sur le rôle de la ’croix de l’existence’ (quarte hyper-E) non-dominante et très dissonée (tensions existentielles douloureuses refoulées ?) dans le fonctionnement de Freud dans un contexte « discours » hyper dominant et harmonique (pente naturelle à la théorisation ?).

Dans le thème de Freud il y a un appel puissant à Mars. En effet, Mars complète l’axe du "pouvoir Extensif" (Soleil, Mars, Pluton) et il est de surcroit la complémentaire équilibrante de la quarte non-E, "cercle du discours" dominant. Question : l’appel de Mars sera-t-il "entendu" et selon quelle modalité ? Les planètes d’appel (en aspect harmonique) ont souvent un rôle de planète-ressource, elles apportent de l’eau au moulin des dominantes. En renforçant ou soutenant par exemple une fonction planétaire dominante dans son mode d’expression.

Dans son thème, on notera que Mars, planète figurant dans l’ombre du thème, est reliée aux dominantes par le trigone à Mercure tout en faisant la jonction par deux carrés au pôle non-dominant (Saturne-Lune et Jupiter-Neptune). L’aspect Mars-Mercure est donc un aspect charnière reliant l’Ombre ("croix de l’existence") et le Héros ("cercle du discours"). Que pouvons-nous déduire ? Certainement que Mars, bien que planète très faible du point de vue de la hiérarchie planétaire, se voit octroyer un relief particulier par effet de structure (planète d’appel et planète charnière tout à la fois). Rappelons qu’une planète charnière est comme un passage obligé entre deux systèmes d’aspects. On a là, une fonction planétaire de niveau E (Existence) en aspect harmonique à Mercure et au groupe "discours" pouvant compenser une tendance à sur-théoriser au détriment des réalités de bon sens. Mais en même temps, Mars est très dissoné au groupe "croix de l’existence". L’appel à Mars n’est donc pas évident puisque son ’état céleste’ est harmonique et dissonant, ambivalent par conséquent. Le rapport à la réalité des faits bruts, tels qu’en eux-mêmes, tels qu’ils se montrent dans leurs crudité et trivialité (une chose est une chose) peut donc poser question. Comment Freud intègrera dans ses théories la dimension "marsienne E" des faits, des réalités empiriques ? S’appuiera-t-il sur cette dimension pour élaborer son "discours" ou bien son "discours" se jouera-t-il des faits pour finalement leur tourner le dos ? L’analyse des transits planétaires sur le fonction marsienne peut nous donner des éléments de réponse sur le rapport de Freud à la réalité "marsienne". Un transit sur une planète d’appel et charnière peut signaler des évolutions importantes dans la vie d’une d’une personne.

En 1885, Uranus, planète dominante, transite par conjonction Mars natal. Et c’est en 1885 qu’il découvre l’hypnose de Charcot (né avec Mars angulaire au FC, Uranus angulaire au DS ; c’est suffisamment remarquable pour le signaler), Freud est enthousiaste. En effet, l’hypnose se révèle un procédé efficace dans le traitement des hystéries (dissociation psychique légère consécutive à un traumatisme), mais Freud aura du mal à maîtriser cette technique qu’il abandonnera dix ans plus tard, sans pour autant nier son efficacité thérapeutique, au profit de la théorie du transfert, pilier de la psychanalyse, dont l’efficacité est loin d’être démontrée ! Effet d’un Mars faible, voire aveugle, et d’une dominante "discours" éludant ou supplantant par effet de simulacre (effet pervers du "cercle du discours") le témoignage et l’évidence des faits ?. On voit bien comment la fonction d’appel marsienne a été questionnée à l’occasion de ce transit. Questionnée sur le mode de la curiosité, de l’expérimentation sans que cette fonction soit finalement incluse, intégrée dans ses théorisations.

L’intérêt de Freud pour les dissociations psychiques ne renvoie-il pas, d’autre part, à la structure de son thème où le contraste est frappant entre une "croix de l’existence" non-dominante très dissonée et un "cercle du discours" hyper-dominant et harmonique ? Autrement dit, comment articuler l’explicative biologique de la dynamique de l’appareil psychique avec celle du verbe (l’influence du langage et du symbolique pour comprendre le fonctionnement humain) ? Biographiquement, il est intéressant de souligner ici que Freud, bien qu’il fut tenté par l’étude de la nature dans ses jeunes années, s’orientera finalement, comme chacun sait, vers l’explicative symbolique ; la puissance des mythes, du discours sera privilégiée comme explicative de l’organisation en profondeur de la psyché humaine. On peut y voir aussi l’expression du conflit entre le "ça" (puissance pulsionnelle, expression de la vie dans ses profondeurs primordiales et inconscientes) et le Surmoi, instance culturelle, normée par les exigences de la vie en société.

Notons en passant que Milton Erickson qui a profondément renouvelé l’hypnose au milieu du XXe siècle a une hyper-dominante « E » (tout comme Charcot auprès de qui Freud a étudié l’hypnose) avec un Mars à l’ascendant alors que Freud a une hyper dominante R-T (quarte "cercle du discours"). Est-ce pour cela que Freud abandonnera l’hypnose dans sa pratique, car trop impénétrable dans ses mécanismes profonds et imperméable par conséquent à son besoin de théorisation à outrance (cercle fou du discours) ?

Pour Milton Erickson l’hypnose est a-théorique, en effet "Erickson était convaincu qu’aucune théorie psychologique ne pouvait rendre compte de l’infinie diversité des êtres humains. C’est pourquoi il considérait que la manière d’aider une personne à résoudre ses problèmes devait toujours être développée sur mesure, pour pouvoir répondre à ses besoins uniques. Pour lui, les théories sur les manières de penser et de se comporter risquent le plus souvent de nous enfermer dans des perceptions et des attitudes inadéquates. C’est pourquoi, dans son approche radicalement empirique, il évitait d’utiliser les principes généraux issus de modèles « scientifiques » de psychothérapie et d’hypnose, qui mettent l’accent sur une standardisation de l’approche diagnostique et du mode d’intervention. En d’autres termes, pour lui, il n’y a de thérapie que si le thérapeute réussit à découvrir ce qui convient à cette personne particulière en ce moment particulier" (Source wikipédia). On voit là le fossé énorme qui sépare la théorisation freudienne de l’approche très empirique d’Emilton.

L’hypnose semble donc mieux convenir aux tempéraments « marsiens » attachés à l’efficacité immédiate d’un phénomène sans être gênés de n’y rien comprendre (Mars est non R et non T). En effet, l’hypnose est concrète, efficace et mesurable dans son action sur les troubles émotionnels, comportementaux et physiologiques. Elle est utilisée comme analgésique et anesthésiant en chirurgie et soins dentaires et également dans les thérapies brèves. La psychanalyse quant à elle n’est pas à proprement parlé une technique de soin, ses effets sont improbables, non mesurables et si elle guérit…c’est d’aventure : « la guérison vient de surcroît » selon la formule célèbre de Jacques Lacan !

Dans le prolongement de l’analyse faite sur la position particulière de la fonction marsienne et sa relation ambivalente au "cercle du discours", quel rôle, en résumé, peut-on attribuer à l’appel de Mars du point de vue de la théorie psychanalytique ? Plusieurs éléments de la cure analytique me semblent être en relation avec cette position particulière de Mars.

Primo : le ’principe de réalité’ institué par Freud comme principe limitant la satisfaction pulsionnelle (désorganisante pour la vie psychique si celle-ci n’est pas sublimée) n’est pas celui de Mars (dont la formule dans le R.E.T. est "existence d’Existence : eE", en somme la réalité telle qu’elle est en elle-même), comme on aurait pu naïvement s’y attendre, mais celui de le loi (niveau R du R.E.T.) régulant la vie sociale et le respect d’autrui. Le sens du principe de réalité est donc du côté des dominantes R de Freud (la Loi, les codes sociaux) et non du côté d’un Mars, faible dans son thème. Pour Freud le principe de réalité désignera par conséquent tout ce qui empêche ou retarde la satisfaction pulsonienne "marso-neptunienne". Neptune est la planète aveugle - la plus faible - en opposition à Mars et lance un sextile au Soleil. Il y a donc une remontée de l’ombre (selon les indications du modèle du ’Héros et son Ombre’) par Mars et Neptune, deux planètes appartenant à la famille "e" (existence intensive). Freud désignera, dans sa seconde topique, le « ça » comme le centre des pulsions, des instincts, de la vie dans sa forme primordiale. Les formules de Mars « existence d’Existence » et de Neptune « existence de la Transcendance » pourraient bien être en rapport étroit avec la notion de « ça ». D’autre part, ce qui limite l’expression du « ça » est appelé Surmoi : le centre normatif inconscient qui interdit les passages à l’acte désorganisants du « ça ». Le Surmoi pourrait être en relation avec le Soleil : normes de la société internalisées. Mais un Soleil inconscient pour le sujet. Un Soleil qui rejoint Pluton (l’inconscient, l’envers du décors, la part cachée du sujet). Le Moi est la partie consciente dans laquelle s’affronteront le « ça » et le Surmoi. Le Moi est solaire, comme le Surmoi, mais le Moi est un « Soleil « sujet », individuel et conscient, alors que le Surmoi est un « Soleil » collectif et inconscient.

Secundo : Mars dans le thème de Freud fait partie, comme nous l’avons vu, des non-dominantes, en somme, l’ombre du thème, et toutes les planètes R-non E (Soleil, Mercure, Uranus) sont, quant à elles, dans le groupe des hyper-dominantes. Cependant Mars est au trigone de Mercure et Neptune au sextile du Soleil : il y a là, comme évoqué plus haut, une "remontée de l’ombre" vers le verbe, le jeu du langage, des associations libres (Mercure) et vers l’instance unificatrice et identitaire du Moi (Soleil). N’est-ce pas le but de la cure psychanalytique de débusquer le « ça » dans les tours et détours du langage ? De libérer le refoulé « e », c’est-à-dire libérer la vitalité profonde, ce qui amènera tout naturellement le sujet à se déjouer d’un mode de pensée figé et sclérosant auquel il s’était identifié pour jouer de nouveau avec l’existence et s’inventer une autre vie, un nouveau monde imaginaire ?

On le voit, la psychanalyse prend le détour du langage pour libérer le sujet de l’identification au langage, c’est-à-dire restaurer le sujet dans le circuit de son propre désir qui est désir de vie et désir d’évolution assumé. L’hypnose prend un chemin inverse. Elle s’adresse directement aux sources de vie en court-circuitant la pensée discursive afin d’amener le sujet à sentir profondément, par delà ses souffrances, ses blocage et ses mentalisations mortifères, la vie qui circule. Ce qui sera vecteur de restauration profonde. François Roustang, ancien psychanalyste et grand spécialiste français de l’hypnose, s’amusera à dire à sa manière iconoclaste (je n’ai pas son thème !) : « là où je suis, le ça doit advenir » inversant la formule célèbre de Jacques Lacan : « Là où était du ça, doit advenir du moi ».

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Matrice R.E.T. d’Erickson
La quinte hyper-E ou "croix de l’existence" est au complet et dominante alors que la quarte « discours » est non valorisée. Les thèmes de Freud et Erickson sont donc aux antipodes l’un de l’autre du point de la structure planétaire.

Données de naissance :
Sigmund Freud est né le 6 mai 1856 à 18h30 à Freiberg (Autriche)
Milton Erickson est né le 5 décembre 1901 à 9h18 à Aurum (Nevada)
Jean-Martin Charcot né le 29 novembre 1825 à 19h00 à Paris

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Thème de Freud (obtenu avec le logiciel Azimut35)
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Thème d’Erickson (obtenu avec le logiciel Azimut35)

Patrick Legwen-Phal, 2019

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