// Vous lisez...

L’astrologie en question...

Richesses et limites de l’astrologie

P. Le Guen - 2007

« Grand-père, pourquoi danses-tu ainsi ? – Vois-tu mon enfant, l’homme est comme une toupie. Sa dignité, sa noblesse et son équilibre, il ne les atteint que dans le mouvement. L’homme se fait de se défaire, ne l’oublie jamais [1] »

Introduction

Ce texte se veut une réflexion sur les richesses et limites de l’astrologie. Après avoir posé quelques fondements théoriques à partir de ma propre compréhension et pratique de l’astrologie, je tenterai d’exposer quelques enjeux d’ordre éthique en y apportant quelques éléments de réflexion. Ce qui me permettra ensuite d’aborder les difficultés que pose pour moi la pratique de la consultation astrologique. Enfin, je tenterai d’esquisser dans les grandes lignes, comment je conçois le déroulement d’une consultation astrologique bien menée. Je ne souhaite pas proposer ici, que cela soit bien entendu, un modèle de la consultation, mais simplement amener des éléments de réflexion et de pratique personnels pour, peut-être, ouvrir un sujet de réflexion sur la consultation : ses postulats, sa visée, son cadre, ses méthodes, ses modes d’évaluations… Les approches et pratiques de l’astrologie me paraissent trop nombreuses pour en proposer un modèle, cependant il doit être possible de tirer quelques lois générales ou modi operandi qui pourraient faciliter sa pratique et permettre un enrichissement mutuel.

Un attracteur bien étrange

Le thème astral agit comme un attracteur, une force attractive (physique ou symbolique selon les écoles) capable de « dévoyer » le sens intime (sens et direction) des événements que nous vivons. Le thème astral représente, pour faire simple, un ensemble de forces (cycliques) liées à l’organisation particulière du système solaire au moment et au lieu d’une naissance. Le thème astral dans sa représentation en deux dimensions est une sorte de photographie de l’état du ciel qui indique les positions planétaires dans la sphère locale. On peut y voir les planètes qui se lèvent, celles qui culminent ou se couchent à l’horizon, on y voit aussi la bande zodiacale, avec le signe qui se lève (à l’ascendant), etc. Le thème astral fait apparaître aussi les distances angulaires significatives (ou aspects) entre ces différents points. Le thème astral re-présente donc toute cette organisation spatio-temporelle du ciel de naissance. Il y a là un champ de forces planétaires qui va influencer, conditionner le vivant. Cette hypothèse astrologique, que je dirai naturelle, me semble être la base commune de l’astrologie occidentale qui s’enracine dans la tradition grecque et sumérienne.

Il faut reconnaître, cependant, qu’on ne connaît pas encore avec certitude (faute de mesures « objectives ») la nature de ces forces cosmiques et planétaires, il y a pourtant des hypothèses qui me paraissent raisonnables [2] : effets gravifiques (influences des micro-gravités), effets de résonance, effets thermiques (rayonnement infrarouge). Ces différentes hypothèses privilégient un support physique, ce qui n’exclut d’ailleurs pas l’émergence possible d’une dimension symbolique dont le thème peut rendre compte également. Il revient à l’astrologue Jean-Pierre Nicola d’avoir approfondi, sans avoir toujours été bien compris de ses pairs, la question des rapports entre signaux physiques et symboles. Autrement dit, le ciel des astrologues n’est pas coupé du ciel des astronomes. L’un (le ciel des astrologues) découle de l’autre sans le détruire. Tout concepteur de logiciels astrologiques ne peut démentir ce constat, me semble-t-il. J’ai déjà eu l’occasion, dans un article publié en 2004 par la Fédération des Astrologues Francophones, de situer le statut particulier et original de l’astrologie comme discipline du sujet à la jonction du symbolisme et du phénoménal.

Si l’être humain n’était pas un récepteur extrêmement sensible, doté de performances exceptionnelles en terme de traitements et intégration d’infimes signaux qui lui proviennent de son environnement géo-solaire, l’influence céleste ne serait pas pour lui aussi puissante et déterminante. En effet, elle trouve dans l’homme un écho évident. Ce récepteur humain peut donc capter et traiter les nombreux signaux subtils de nature céleste (donc périodiques) et y répondre de manière adaptative. C’est là, sans conteste, un fait exceptionnel dans l’évolution des espèces. L’espèce humaine aurait donc avec le ciel quelques atomes crochus, ce qui ne serait pas le cas du singe, avec qui pourtant elle partagerait 99% de son patrimoine génétique ! Cette sensibilité au temps cosmique distinguerait l’homme du règne animal. A ce titre, la « théorie des âges » de l’école conditionaliste est éloquente : les stades de maturation psycho-affective de l’homme seraient en phase avec les durées de révolution sidérale des planètes du système solaire. Il y a là une voie de recherche entre astrologie et psychogénétique qui mériterait selon moi une investigation approfondie.

Néanmoins, il semble que les animaux soient quelque peu sensibles aux influences solaires et lunaires, mais leurs réponses adaptatives sont sans conteste beaucoup moins riches et originales que celles de l’espèce humaine. Ce qui fait dire aux philosophes que la grande différence entre l’homme et l’animal, est que ce dernier n’a pas d’histoire… l’homme crée du neuf, de la culture. L’animal étroitement lié à ses instincts, contrairement à l’homme, ne peut parvenir par lui-même à se changer.

Conditionnements et liberté

Le ciel peut donc agir comme un attracteur, comme un champ de forces qui « attire » à lui nos réponses aux événements que nous vivons, et c’est la raison pour laquelle j’avançais plus haut que le ciel pouvait agir comme un « dévoyeur » de sens. En effet, le ciel astrologique peut déterminer, conditionner nos manières de réagir et non pas… d’agir. La nuance est pour moi importante. ‘L’agir’ se situerait davantage dans nos motivations intimes, notre volonté libre non-conditionnées par notre histoire, le ‘réagir’ aurait plus à voir avec nos réflexes. Pour moi, le conditionnement astral jouerait donc davantage sur cette part de nous-mêmes qu’on pourrait appeler ‘animal’, autrement dit notre dimension psycho-corporelle, largement sollicitée en première ligne – et bien souvent sur un mode défensif – pour trouver une meilleure adaptation possible à notre environnement externe. L’imagerie du zodiaque (zoo-diaque), mettant en scène un bestiaire symbolique, ne situe-t-elle pas éloquemment et précisément l’influence astrologique dans ce plan psycho-corporelle ? Ce qui laisserait supposer que notre part spirituel (la cime de l’âme pour la mystique chrétienne) ne serait pas concernée par ce déterminisme astrologique.

Je tiens à préciser que le ciel joue également de concert avec les autres déterminismes de notre environnement (familial, social, culturel, politique…). Nous sommes au fond, à bien y regarder, partie prenante d’un ensemble de liens, de déterminismes qui, malgré tout, mettent en jeu notre liberté, notre pouvoir de réponse personnelle et intime. Nous sommes saufs ! A condition toutefois, de ne pas nous départir d’un devoir de conscience (d’où l’importance d’un travail sur soi, d’une ascèse personnelle) car le risque est grand de nous laisser enfermer dans les déterminismes de nos vies et de devenir des marionnettes mues par des fils invisibles. Face aux conditionnements célestes, nous pouvons donc nous vivre librement ou nous vivre comme des pantins du ciel, comme des marionnettes suspendues au fil de notre destin. Ce que dit bien ce dicton, attribué à Saint-Thomas d’Aquin « Le sage régit son étoile, l’ignorant est régi par elle. »

Question d’éthique

Par conséquent, l’influence astrale peut être vécue comme un fatum aliénant. Mais il me semble, en dernière analyse, que tout repose sur notre manière de concevoir l’influence astrologique. Quel pouvoir lui accorde-t-on ou non sur nos destinées ? Et il semble que là encore, ce qui nous différencie de l’animal ou de la plante, est bien notre capacité à nous déterminer nous-mêmes en fonction de notre conscience. Ce qui ne retire en rien la réalité, la prégnance des déterminismes naturels et culturels de notre environnement, mais simplement entre notre conscience et les forces extérieures (quelle que soit leur nature) existe un espace de choix (un espace de soi pourrai-je dire aussi), un jeu, où le ‘je’ que nous sommes peut se déterminer et advenir librement.

Dans le paysage des divers courants astrologiques, il existe une astrologie très prédictive et très déterministe, de celle-là je m’en méfie, car nous ne sommes pas une matière inerte, ni des vivants rivés à nos instincts, nous sommes des vivants doués de raison et de conscience. Et dans cette conscience, il y a un déterminisme intrinsèque qui ne doit rien aux déterminismes extérieurs. C’est là un postulat primordial pour bien situer le discours astrologique. Nous avons en nous des motivations profondes qui ne doivent rien à notre environnement céleste, ni terrestre (conditionnements familiaux, sociaux, culturels…). Oui, il y a en nous un espace de liberté intérieure que je ne confonds pas avec le libre-arbitre non plus, car dans celui-ci il y a toujours le risque d’un arbitraire, fruit du caprice, du hasard ou d’un déterminisme inconscient (la psychologie nous l’a montré) ! Cette liberté intérieure, libre de tout déterminisme, est, pour moi, en lien avec cette part imprenable de notre conscience, en lien avec le « silence de la pensée », cette nudité de l’esprit d’où peut jaillir toute nouveauté.

Alors, comment pouvons-nous donner de la place à cette dimension interne de liberté ? Je crois que l’astrologie est intéressante car elle pose cette question de fond, celle de la liberté. Est-ce pour cela que sa popularité est si agaçante pour les intelligences rationnelles ! La question astrologique vient nous titiller là où notre liberté est en jeu, et n’est-il pas agaçant pour notre intelligence de nous savoir forgés dans des déterminismes qui échappent à notre sage raison et au champ de la science positive et rationaliste ? L’astrologie peut effectivement donner le vertige !

L’astrologie repousse d’ailleurs assez loin la question du déterminisme évoquée plus haut, jusqu’aux confins du système solaire ! Plus les déterminismes sont proches, aisément identifiables, plus il est à mon sens facile de s’en libérer, car nous avons une prise dessus. Mais l’astrologie nous parle de conditionnements invisibles, ce qui ne veut pas dire illusoires ou inopérants. Il y a une réalité qui est là, que nous ne percevons pas d’une manière toujours consciente, mais que nous pouvons néanmoins observer avec des yeux habitués à la pénombre (là où les savoirs conventionnels s’évanouissent). Mais il y a aussi, fatalement, le risque d’un aveuglement, tant le rayon d’action du déterminisme est poussée au loin, à la limite du visible et de l’observable. L’astrologie peut donc poser d’une manière originale cette question du déterminisme et de la liberté. Nous sommes en pleine question d’éthique.

A ce point de ma réflexion, je suis tenté de faire un parallèle avec ce qui différencie l’homéopathie de la médecine classique allopathique. Cette dernière fait reposer son efficacité curative sur la chimie moléculaire. Il y a donc des molécules que l’on peut manipuler, des substances moléculaires que l’on peut même synthétiser en laboratoire, il y a toute une chimie qui est là et qui a fait ses preuves. Et puis il y a l’homéopathie qui est venu chambouler le paradigme médical classique puisqu’on se retrouve avec des remèdes où la dilution extrême rend improbable la présence de molécules actives. Alors comment l’homéopathie agit-elle ? C’est une grande question. Simplement ce parallèle permet de montrer qu’il existe des déterminismes invisibles dont on peut constater les effets et qui pourtant sont liés à des forces que l’on ne connaît pas encore. L’homéopathie n’est pas considérée par ailleurs comme une pratique magique ou occulte, les homéopathes ne sont pas des mages, ni des occultistes ou des sorciers ! J’insiste sur ce point pour dire que l’astrologie n’est pas une magie, même s’il peut exister des courants occultes dans l’astrologie, l’astrologie que je comprends n’est pas magique. Simplement elle montre qu’il y a des forces que l’on connaît encore mal et qu’il n’y a pas en en avoir peur, sous peine de sombrer dans la superstition. Ces forces agissent sur le vivant et Dieu merci, nous ne pouvons pas les manipuler, sans quoi nous pourrions nous transformer en apprenti sorcier.

Dans ce domaine, force de constater que la science utilise et manipule des forces naturelles, des énergies, des substances infimes, avec des visées mercantiles ou militaires pas toujours louables ! On ne peut pas en dire autant de l’astrologie pourtant si décriée et diabolisée !

Pour revenir à l’astrologie, il me paraît important d’insister à nouveau sur le fait que nous ne devons pas nous considérer nous-mêmes comme des sujets passifs face aux influences astrales. En prendre conscience, tout en en relativisant également leurs portées, peut nous aider à prendre un sain recul pour que puisse s’exercer notre liberté profonde. Précisons également que l’ignorance de l’influence astrologique n’empêche pas non plus de facto l’expression de notre liberté, car la liberté intérieure n’est jamais liée aux déterminismes naturels ou culturels. Ce qui peut, en revanche, empêcher cette liberté, est une croyance naïve et erronée sur le pouvoir des influences astrales. Il me paraît donc important, à ce niveau, de déconstruire toute fausse croyance sur soi et l’astrologie.

De la théorie à la pratique astrologique

Il me paraissait important de définir ce cadre de l’influence astrologique avant d’aborder la praxis astrologique.

J’ai étudié l’astrologie et l’ai pratiqué pendant près de vingt ans, aujourd’hui je ne la pratique plus. Je trouve néanmoins que l’astrologie pose de bonnes questions lorsqu’on se place au niveau de la théorie. Maintenant il y a la pratique, que fait-on de ces considérations théoriques en ce domaine ? Comment l’astrologie peut-elle être au service de la personne pour l’aider à s’épanouir dans le monde, à sortir peut-être de la névrose, et l’aider à cheminer avec plus de conscience et de liberté sur son chemin de vie ? Cette question pratique est pour moi une question de fond également, après le constat théorique que je viens de faire.

Donc, il y a une pratique de l’astrologie, et dans cette pratique, à bien y regarder, il y a un peu de tout et n’importe quoi. On peut trouver des astrologues qui utilisent des moyens extra-astrologiques pour aider la personne, et dans ceux-ci on peut y trouver de la magie, de la divination. On commence à toucher ici, me semble-t-il, des forces qui n’ont plus rien à voir avec l’astrologie, au risque de tomber dans l’occultisme, dans la magie, parfois même dans le satanisme. Là, tous les dérapages sont possibles, et nous ne pouvons plus contrôler ce qui se passe. Cela me paraît dangereux de se retrouver dans les mains d’un astrologue qui aurait également des compétences de magicien, de voyant, de médium. Donc prudence ! Je ne dis pas que tout est néfaste, je ne dis pas non plus que les astrologues qui utilisent d’autres moyens en lien avec l’occultisme ou la magie ne soient pas bien intentionnés, j’attire l’attention sur les risques de dérapage et d’abus de pouvoir.

On touche là, à la déontologie de la profession d’astrologue et à la formation personnelle de l’astrologue en situation de relation d’aide ou de conseil. Je prétends qu’un astrologue qui n’a pas fait un minimum de travail personnel, un travail sur soi pour connaître ses limites, ses zones d’ombre, ses motivations inconscientes dans le métier qui l’exerce expose ses clients, les personnes qui viennent le consulter, à des suggestions et des manipulations inconscientes possibles ou simplement à des contre-transferts inconscients. Dans le pire des cas, si l’astrologue est animé d’un sentiment de toute-puissance qui ne contrôle pas ou dont il abuse sciemment, il peut mettre la personne en danger.

Les professionnels qui se sont formés aux relations humaines ou qui ont fait tout un « travail sur soi », d’ordre psychanalytique ou psychothérapeutique, savent que nous sommes tous porteur, à des degrés divers, d’une toute-puissance infantile qui s’est construite dans la prime enfance. En effet, le tout-petit est animé d’un sentiment de toute-puissance, ce qui est d’ailleurs très sain, soit dit en passant, car cela lui permet de développer un pouvoir créateur. Ce sentiment de toute-puissance se construit très tôt, et il suffira alors que bébé pleure pour obtenir le sein ou le biberon, qu’il ressente une détresse pour que maman vienne le cajoler comme par magie. Il est même des mamans tellement branchées inconsciemment et viscéralement sur les besoins du nourrisson, que ce dernier est comblé avant même qu’il est eu besoin de manifester sa gêne. Cette toute-puissance se construit dans la relation fusionnelle à la mère et s’entretiendra plus tard par la confusion des identités. Au bout du compte, s’il n’y a pas eu défusion, différentiation entre la mère et l’enfant, si cette toute-puissance infantile n’est pas sevrée, elle risque de perdurer dans le fonctionnement de l’enfant et du futur adulte… que nous sommes peut-être devenus ! Se sentir responsable de ce que les autres pensent, ressentent, mieux savoir qu’eux ce qu’ils devraient ressentir, penser, faire, accuser les autres de notre souffrance ou notre malheur, par exemple, montrera avec éloquence que nous sommes toujours mus par un sentiment de toute-puissance archaïque.

Tout praticien en situation d’aide, de soin ou de conseil, qui n’a pas fait un travail sur soi, qui n’a pas éclairci son rapport au sentiment de toute-puissance, peut faire des dégâts. Il peut tomber dans la manipulation, dans un pouvoir d’influence bien souvent inconscient.

Donc prudence ! Heureusement, un certain nombre d’astrologues ont fait un « travail sur soi » ou se sont formés aux relations humaines ou à la psychologie. Mais ce n’est pas la règle.

La consultation astrologique

Comment l’astrologie peut aider, nous aider à trouver une plus grande liberté intérieure ? Je crois que l’astrologue, lors d’une consultation, peut nommer les forces qui sont en jeu au moment de la naissance, ces forces qui vont participer aux premiers conditionnements de la vie. Ces forces ne sont pas toutes égales, l’astrologue établira bien souvent une hiérarchie de puissance de ces forces à partir des données du thème astral. Et déjà le simple fait de nommer l’existence de ces forces, de dire à une personne « telle planète qui est le vecteur d’un signal astrologique, d’une force naturelle, va vous amener à privilégier dans vos modes d’expression, à rechercher plus que d’autres, des confrontations directes, à vivre dans un corps à corps intense les situations auxquelles vous êtes confrontées, alors que d’autres natifs auraient plutôt tendance à réagir différemment en privilégiant par exemple, le dialogue, la réflexion dans un premier temps. » Je pense, en disant ça, à la planète Mars ou à une dominante ‘existence intensive’ (vivre la vie à bout portant, rechercher une intense présence aux êtres et aux choses selon le clavier conditionaliste). Cette dominante planétaire, au vu du thème astral, va induire ce type de dynamique. Une autre dominante planétaire induira une autre dynamique (la réflexion, la distance face aux événements, recherche de reconnaissance inconditionnelle, de clarté, etc.), enverra un autre déterminisme dans les premiers temps de la vie.

Donc, ces forces planétaires agissent à la manière d’un conditionnement (les forces planétaires peuvent être comprises comme des stimuli temporels et donc provoquer des réponses conditionnées). Et ces conditionnements planétaires se traduiront dans la vie de la personne par des réponses particulières mettant en jeu ses comportements ou sa dynamique psychologique. Je précise qu’un conditionnement n’est pas un déterminisme étroit, il laisse la place à des réponses variées, créatives et humainement riches. Pensons simplement au signal « jour » lorsque le soleil de lève. Le lever du soleil, par sa périodicité, induit un conditionnement naturel. La plupart d’entre nous répondons à ce signal par une réponse de type « s’éveiller ». La qualité de ce réveil, comment nous le vivons, nous appartient. Il y a donc toujours de la liberté dans une réponse conditionnée !

Il peut être intéressant, dans une première approche de la consultation astrologique, de nommer les forces planétaires en jeu. Et il n’est pas utile, bien souvent, d’aller très à fond dans l’analyse pour que la personne commence à faire rapidement et spontanément des liens avec sa vie : « Oui, effectivement je sentais bien qu’en moi il y avait quelque chose de cet ordre là ». L’astrologie peut donc venir confirmer une dynamique interne que sentait la personne obscurément et le simple fait de mettre des mots sur ce que la personne ressent ou vit dans ses conflits intra-psychiques éventuels, permet d’asseoir quelque chose à l’intérieur d’elle-même, parfois même, de la libérer du poids d’un ressenti inexprimé, qui, bien souvent, se vivait alors en symptôme. Le discours astrologique, s’il est suffisamment structuré et articulé dans sa logique, peut aider le consultant à accéder au symbolique, un symbolique qui fait sens pour lui. Il n’aura peut-être plus besoin dès lors, de recourir au symptôme comme moyen de dire ou ne pas dire l’inexprimable. En effet, le symptôme est un peu l’autre face du symbole (ce que suggère leur racine étymologique commune), un faisceau de signifiants en quête d’un signifiant refoulé, dirait la psychanalyse. Et lorsque la personne n’a pas accès au symbolique, lorsqu’elle ne peut nommer ce qu’elle refoule ou cache, elle écrira alors dans sa chair la signification qui lui échappe. L’art de l’astrologue peut donc offrir un avenir à toute parole qui se cherche, c’est là sans conteste une richesse inestimable.

Ce premier travail dans la consultation peut donc avoir des effets très libérateurs et immédiats comme je viens de l’évoquer et permettre aussi à la personne de contacter des ressources nouvelles dont l’accès était bloqué par des ressentis ou des émotions enfouis, ou bien, par des croyances erronées sur elle-même qu’elle ne parvenait pas à lâcher pour un meilleur ajustement à son présent.

De manière générale, le fait de mieux identifier une force qui nous meut, que cela se fasse par l’éclairage astrologique ou par un autre éclairage (entretien psychologique, psychanalyse, relation d’aide…), permet une plus grande maîtrise intérieure. Ignorer, nier ou refouler les forces qui nous meuvent intérieurement, c’est prendre le risque de leur donner un plus grand pouvoir sur nous. Pour moi, un gain de conscience va toujours vers davantage de liberté.

Le clavier astrologique est très riche et peut permettre d’entamer tout un travail d’analyse assez poussé avec le consultant. Chaque école a sa visée, ses méthodes, sa praxis. Il serait trop long dans cet article, de faire le tour d’horizon des différents courants ou écoles d’astrologie, d’autant plus qu’à l’intérieur même d’une même école, les approches de la consultation peuvent être très diverses. Je souhaitais simplement et modestement me borner à souligner quelques aspects de la consultation inspirés de ma propre pratique.

Risques et pièges de la consultation astrologique

Ma pratique de l’astrologie m’a appris que ce chemin de conscience et de plus grande liberté qu’est à même de proposer l’astrologie pouvait être piégé. Car il y a toujours le risque d’une identification stérilisante au discours ou à l’analyse de l’astrologue. Ce que je dis là peut évidemment s’appliquer à d’autre domaine que celui de l’astrologie.

Un discours persuasif et quelque peu directeur peut induire également chez le consultant une mauvaise compréhension du thème astral. Il y a toujours le risque que la personne comprenne son thème comme une typologie rigide ou un carcan absolue : le thème est l’image de mon destin ! Cela me paraît très pernicieux et mortifère et j’ai connu des personnes qui conformaient leur vécu avec l’image fascinante de leur thème astral tel que l’avait décrit un jour un astrologue lambda. Dans un premier temps, libérée du poids d’une ignorance, elle retombe, dans un deuxième temps, dans une plus grande ignorance, celle d’une fascination narcissique, d’un repli identitaire stérilisant.

Ce risque d’un enfermement existe pour toutes les typologies et l’astrologie en est une, même si elle n’est pas que cela, l’astrologie que je comprends n’est pas une mise « en conserve » de la vie. Une typologie peut néanmoins être enrichissante sur la connaissance de soi et des autres, si elle est bien comprise et maniée avec doigté, si elle permet de faire un état des lieux pour mieux nous dégager des identifications partielles de notre personnalité.

Autre piège : bien souvent les personnes qui viennent consulter un astrologue sont porteuses d’une attente implicite vis-à-vis de lui, elles attendent des révélations, des prédictions, des certitudes sur elles-mêmes. L’astrologue conscient de ce danger devra faire preuve d’habileté et de clarté pour que ses réponses, ses apports, ne viennent finalement servir l’attente implicite du consultant. Il risquerait ainsi d’endosser ce pouvoir magique dont le nimbe le consultant et pervertir ainsi l’exercice de son art. Les risques de dérapages éthiques sont réels, car l’astrologue qui n’a pas clarifié ses motivations psychologiques inconscientes sera plus exposé qu’un autre à la tentation de la toute-puissance.

Il est très difficile de déconstruire les clichés stériles sur l’astrologie qu’un consultant peut nourrir, de déjouer sa fascination magique pour l’astrologie. Oui, il y a beaucoup de fascination dans l’astrologie. Cette fascination est un réel obstacle à un travail d’exploration de soi sain, porteur de vie et de transformation.

Je connais quelques astrologues qui pratiquent à merveille l’exercice de leur art. Mais je dois dire que j’en connais peu, parmi ceux que j’ai pu lire, entendre ou fréquenter, qui ont ce doigté, cette vigilance, ce respect de l’autre et surtout qui ont eu le courage de faire tout un travail sur soi (dans une autre discipline que la leur), afin ne pas être dupe de leurs projections, aveuglements ou zones de vulnérabilité.

L’astrologie peut être maniée avec beaucoup de doigté, de science, et je crois qu’il peut y avoir du bon dans cette pratique. Mais voilà, c’est une profession qui n’est pas du tout régulée, il n’existe aucun cadre, même fédératif [3], qui permet de réguler cette profession, d’en superviser l’exercice.

Il y a un autre risque, un travers que j’ai constaté dans l’exercice de notre art, c’est celui d’être prisonnier du modèle astrologique qu’on utilise, c’est-à-dire de notre conception de l’astrologie. Il y a plusieurs écoles, mouvements, sensibilités dans l’astrologie, plusieurs manière de la comprendre, de la pratiquer, il y a diverses théories astrologiques, ce qui veut dire que chaque école fonctionne avec des pré-requis, des grilles de lecture qui vont permettrent des décryptages différents de la réalité. Il y a là le risque d’un relativisme, d’un réductionnisme même où chaque astrologue va « colorer » la réalité du vécu du consultant avec ses propres conceptions, ses propres « lunettes théoriques ». On comprendra bien, d’une part, que si les conceptions de l’astrologue sont erronées, elles induiront une mauvaise interprétation du vécu des événements de la personne qui vient consulter. Avec le risque, déjà évoqué plus haut, de mettre « en conserve » le vécu de la personne dans nos propres catégories, ce qui aura pour conséquence de couper cette personne du dynamisme de sa vie. Il y a làn me semble-t-il, une question de fond qui touche à l’épistémologie. Cette question se pose également pour les scientifiques, je pense notamment à cette belle formule d’Henri Poincarré, éminent mathématicien du début du siècle dernier : « la science est un cimetière d’hypothèses ». Tout savoir évolue en laissant derrière lui des conceptions révolues. S’appuyer sur des hypothèses ou des modèles, bien souvent invérifiables dans les sciences humaines et dans les disciplines du sujet comme l’astrologie, me paraît donc hasardeux, car que transmet-on à la personne qui vient consulter ?

Pour une discipline scientifique « dure » qui ne manipule pas des données psychologiques et humaines, cela est sans grand danger. Si une hypothèse est fausse, c’est l’interprétation du phénomène observé qui est faussée. En ce qui concerne la psychologie et tout ce qui touche aux relations humaines, une interprétation erronée peut conduire à des influences thérapeutiques dont les conséquences me paraissent dangereuses pour la personne. C’est une question de fond pour laquelle je n’ai pas de réponse tranchée. Il y a là une double question d’épistémologie et de déontologie. Nous nous trompons, nous nous trompons constamment, tout savoir est partiel, toute connaissance de soi et des autres n’est jamais définitive. Alors prudence, car nous touchons là des limites tout humaines ! Ce que nous croyons vrai aujourd’hui, s’avèrera erronée demain !

Sachant cela, quelle conscience avons-nous de nos certitudes, de nos conceptions du monde et des autres ? Quelle conscience avons-nous de ce que nous transmettons aux autres, des vérités qui nous éblouissent parfois et nous aveuglent bien souvent sur l’essentiel ?

Savoir écouter pour entendre au-delà de son savoir

Alors comment ne pas enfermer l’autre dans les conceptions que nous avons de l’astrologie ? Cela veut dire pour moi, et c’est sans doute une clef pour ne pas tomber dans les pièges énumérés, que nous devons nous tenir au plus près de ce qu’exprime la personne avec son langage, avec ses mots, avec ses gestes. Cela signifie que nous devons développer une écoute centrée sur la personne, une écoute qui ne passe pas, dans un premier temps, par le filtre de l’astrologie et de nos grilles de lecture. Il nous faudra donc apprendre à développer une écoute empathique pour essayer d’entendre ce que vit la personne à l’intérieur même de ses cadres de référence. Cette écoute décentrée de soi et centrée sur la personne me paraît être la meilleure attitude pour désamorcer les nombreux pièges de la consultation astrologique que j’ai évoqués plus haut.

Ecouter ce qu’exprime la personne et la confirmer dans ce qu’elle dit, lui permettra de reconnaître la fiabilité de ce qu’elle ressent et éprouve. En confirmant la personne, vous ne l’influencez pas. Vous lui communiquerez ainsi le message implicite que ce qu’elle vit est juste, que ça lui appartient et que c’est entendu. Ce travail d’écoute préalable donnera de la confiance à la personne qui s’exprime, l’aidera à retrouver une consistance intérieure, une sécurité, une plus grande liberté aussi.

C’est seulement dans un deuxième temps, qu’il sera intéressant de mettre en regard de ce que la personne a exprimé, l’éclairage astrologique qui est le nôtre et qui nous appartient. De cette manière, vous clarifiez en même temps la relation que vous avez avec elle, ce qui permet de maintenir une saine distance, condition essentielle dans un travail d’accompagnement. Quelle que soit votre grille de lecture astrologique vous ne risquerez pas ainsi de « confusionner » votre interprétation avec l’expression du vécu de la personne, et le sens qu’elle y donne. C’est une position relationnelle honnête qui consiste à dire « voici mon éclairage astrologique que je mets en relation avec votre vécu. Comment cela vous parle, résonne en vous ? Est-ce que cela vous apprend quelque chose de nouveau sur vous-même ? » Ce qui me paraît intéressant et non enfermant, c’est de tenter des reliances, c’est-à-dire faire des liens qui ne soient pas des entraves ou des chaînes entre le vécu d’un événement et notre éclairage astrologique. Autrement dit : tisser des liens mobiles, lier de manière légère afin qu’il soit toujours possible de délier sans violence à un autre moment de la consultation ce qui aura été lié dans un premier temps, peut-être par tâtonnement. Pouvoir dire « ce n’est peut-être pas exactement ça, la relation que je vous ai proposée n’était pas la meilleure, la plus juste ». De cette manière, la personne elle-même peut participer à ce travail de reliance, d’exploration, d’assemblage ou désassemblage du puzzle de sa personnalité. Il y a une idée de jeu dans cette façon de chercher avec la personne le sens intime de sa vie. Ce qui montre que le sens n’est pas dans le thème astral (le thème n’est pas le sujet comme le mot n’est pas la chose), le sens émergera finalement de ce jeu, des liens qu’on va faire à un moment donné entre sa vie, entre ce qu’elle a vécu et notre interprétation, notre constat astrologique.

Il s’agit d’aider la personne à relire aussi, à la lumière d’un nouvel éclairage, ce qui a été vécu dans un événement et qui n’avait pas de sens à première vue. Parfois même, il sera possible d’aider la personne à délier, dénouer des conditionnements passés, défaire des croyances erronées, dépasser des conflits internes. Et, lorsque la personne parvient soudain à se saisir d’une manière nouvelle, grâce à l’écoute que vous lui avez accordée à partir de son propre cheminement et de ses propres interrogations, vous éprouverez peut-être la satisfaction éphémère d’être parvenu au plein exercice de votre art.

La tentation est si grande de réduire le sujet, la personne, aux problématiques ou lignes de force que suggère son thème astral et de ne plus entendre un dire qui se cherche, une parole qui tente de naître entre ombre et lumière. Je reste persuadé néanmoins, que l’astrologie est un merveilleux clavier symbolique qui peut aider la personne à chanter juste dans le registre de sa condition qui est la sienne pour se hisser à un plus d’être. Pour ce faire, devra-t-elle accepter de se défaire – durant le temps d’un entretien astrologique (car n’oublions pas que l’homme se fait de se défaire) – de ses conditionnements tissés de liaisons planétaires. C’est à ce prix que, peut-être, délestée du poids d’une « condition solaire [4] » vécue bien souvent de manière aveuglante, elle pourra entrevoir ou pressentir qu’une nouvelle naissance à elle-même est possible.

« L’homme passe infiniment l’homme » disait Pascal. C’est sur cette pensée que je souhaite conclure cet article. Oui, nous sommes plus riches que la somme de nos conditionnements et ce ciel extérieur [5] qui semble nous dépasser en grandeur, n’est-il pas au fond qu’un leurre… bien réel pourtant au vu du poids des conditionnements astraux ? En effet, si le ciel est dans l’homme selon le point de vue de l’ésotérisme, dans le sens où l’homme intègrerait l’externe par l’interne (ce qui rejoint d’ailleurs le principe anthropique de l’astrophysicien Brandon Carter [6]), ne serait-ce pas là le signe manifeste que l’homme dépasse infiniment ce qu’il intègre ?

Son « ciel » pourrait donc être dépassé par intégration, ce qui suggère qu’il perdrait du même coup son déterminisme (sa nature causale). Mais ce n’est pas automatique, car c’est à l’homme de transformer son « ciel » ! Ce logion de l’Evangile de Thomas « Heureux le lion que l’homme mangera ; le lion deviendra homme. Malheureux l’homme que le lion mangera, l’homme deviendra lion. » viendra confirmer mon propos en y apportant une nuance. Le ciel peut être aliénant si l’homme ne parvient pas à l’intégrer en le dépassant, l’homme devient alors son ciel. Soumis à ses déterminismes, il n’est plus lui-même (« l’homme deviendra lion »). Mais le ciel peut être une chance de dépassement, d’un plus d’être, si l’homme ne se laisse pas dévorer par ce qui le meut de l’extérieur de lui-même, le ciel retrouve alors sa vraie place : à l’intérieur de l’homme. Il est humanisé, transformé en force d’Amour (« le lion deviendra homme »). L’homme retrouve alors sa vraie stature, sa force d’être qui dépasse toute contingence.

Alors, très humblement, sommes-nous vraiment en mesure de pratiquer une astrologie qui permette à l’homme de « passer » l’homme, une astrologie qui ne soit pas un instrument de pouvoir qui aliènerait nos forces de vie et de liberté, obscurcirait notre conscience et nous conduirait, finalement, vers un désenchantement de notre nature, vers des chemins de mort dont notre époque regorge et dont les chantres sont légion ?

Notes

[1] BERTHELET-LORELLE Chistiane, La Sagesse du désir, Seuil, 2003

[2] Je renvoie les chercheurs aux publications conditionalistes, notamment La Condition solaire et Eléments de cosmogonie astrologique (Jean-Pierre Nicola).

[3] Si la Fédération des Astrologues Francophones propose un cadre déontologique, elle ne propose pas en revanche, de régulation des savoirs et des pratiques. Ses actions visent principalement la reconnaissance d’une pratique auprès des médias et pouvoirs publics ainsi que l’information du public.

[4] Titre d’un ouvrage majeur de la pensée de Jean-Pierre Nicola, fondateur de l’astrologie conditionaliste.

[5] Le ciel astronomique est notre référence commune, quelles que soient les divergences interprétatives des écoles astrologiques.

[6] Ce point de vue ésotérique (l’interne donne sens à l’externe en l’organisant et en l’intégrant par croissance progressive, tel le fruit qui contient en puissance et reflète la structure de l’arbre qui le porte) émerge étonnamment dans la science contemporaine, notamment, dans le principe anthropique de l’astrophysicien Brandon Carter : l’univers est intelligible pour l’homme car celui-ci en découle. Ce nouveau principe scientifique restitue l’homme dans sa primauté sur le réel physique en lui accordant une place que seule les religions lui assignaient en dignité. Le réel ne serait donc rien sans celui qui en fait l’expérience, il serait même orienté pour l’homme. Ce retour à l’unité semble témoigner que nous sortons peut-être d’une époque encore fortement marquée pas le dualisme.

Autres articles dans cette rubrique :

L’astrologie en question...

| | Plan du site | Infos juridiques et copyright
www.astrologie-moderne.eu © 2009. Réalisation : astroclic.net.